Véronique : une alimentation plus saine pour un avenir meilleur

Une alimentation plus saine pour un avenir meilleur

Véronique Pallet, professeure de neuroscience et nutrition à Bordeaux INP (institut national polytechnique de Bordeaux), vice-présidente en charge de la recherche et du transfert de cet établissement et directrice adjointe du laboratoire NutriNeuro, nous livre ses secrets. Elle a mené une carrière liant nutrition et neurosciences.

Portrait de Véronique Pallet
© Véronique PALLET
Portrait de Véronique Pallet

C’est à l’âge de 23 ans qu’elle se lance dans le monde de la recherche. Passionnée depuis toujours par la biologie, elle fait son entrée dans la sphère scientifique après un DEA (Diplôme d’études approfondies) en nutrition et sciences des aliments à l’université de Bordeaux, au cours duquel elle a l’occasion de faire un stage de six mois dans un laboratoire de recherche.

« C’est pendant mon DEA que j’ai vraiment découvert le monde de la recherche en laboratoire. J’ai travaillé avec des gens exceptionnels qui ont été déterminants dans ma carrière » affirme-t-elle. Classée première de sa promotion, elle a pu obtenir une allocation de thèse du MESRI [1] et continuer son chemin vers une carrière dans la recherche.

Son portfolio étoffé par une position en tant que maître de conférences, contractuelle d’abord, elle se découvre une passion pour l’enseignement, qu’elle dispense encore aujourd’hui à l’ENSCBP- Bordeaux INP [2].

Son domaine de recherche, à la croisée entre neurosciences et nutrition, étudie les effets de la nutrition sur le cerveau et plus particulièrement sur le déclin cognitif lié à l’âge.

Définir les besoins nutritionnels

Sa recherche trouve des applications plus ou moins directes, comme la définition des besoins nutritionnels. Sachant aujourd’hui très bien qu’il y a un lien étroit entre nutrition et santé, l’État français énonce des besoins nutritionnels pour la population en fonction des différentes tranches d’âge. « Il est, de manière évidente, très important que l’on prenne conscience qu’en mangeant ce dont on a besoin, nous pouvons garantir un bon état de santé de la population. »

« Ce que l’on mange peut modifier notre fonctionnement cérébral, chose dont nous n’avions pas conscience il y a 10-15 ans. »

Véronique Pallet

La recherche en nutrition permet de définir les besoins nutritionnels et de mieux les comprendre. La définition de ces besoins sert quant à elle à élaborer des recommandations, faut-il manger plus ou moins tel ou tel nutriment ?

Formuler des aliments contenant tout ce dont on a besoin

À partir du moment où l’on prend conscience de ce qu’il est important de manger, il est alors également envisageable d’orienter la production d’aliments qui nous apportent tout ce dont on a besoin. Certains nutriments sont difficiles à se procurer parce que notre alimentation occidentale très industrialisée est parfois déficiente en certaines ressources. Le fait de savoir ce qu’il faut manger et en quelle quantité permet de réfléchir à l’élaboration d’aliments qui vont garantir la couverture des besoins.

« Je pense particulièrement aux personnes âgées, parce que quand on parle de déclin cognitif, l’âge entre évidemment en compte. Avec l’âge, l’alimentation est potentiellement modifiée et certains nutriments peuvent manquer. Le fait de renforcer les aliments avec ces éléments permet de garantir un apport correct pour lutter contre le déclin cognitif entre autres. C’est une application raisonnable et assez immédiate de notre recherche » poursuit-elle.

Véronique, maman avant tout, livre sans hésitation que ses deux enfants sont sa plus belle réussite et de les voir grandir est, de loin, l’occupation l’ayant la plus captivée. Selon elle, ce qui fait un·e bon·ne chercheur·e est l’opiniâtreté car « la recherche n’est pas rectiligne, il faut être très rigoureux et travailleur pour mener à bien son projet ».

Avec la pandémie qui dévaste le monde actuellement, il devient essentiel de développer de nouveaux secteurs de recherche en neurosciences. Étant neurobiologiste, Véronique pense immédiatement à la COVID-19 lorsqu’on lui demande si elle peut lier sa recherche avec un fait d’actualité.

Vers un avenir meilleur pour l’espèce humaine

Toutes les années de recherches menées pour augmenter la durée de vie de l’espèce humaine, ont laissé de côté les impacts du vieillissement sur la cognition. Alors oui, nous vivons plus longtemps, mais dans quelles conditions ? Le vieillissement est malgré tout toujours présent et accompagné d’accumulation de radicaux libres qui conduit à une mort cellulaire certaine. Alors, maintenant que l’on vit plus longtemps, comment pouvons-nous améliorer la qualité de vie de nos seniors ?

Véronique s’intéresse particulièrement aux molécules naturelles permettant de lutter contre le déclin cognitif lié à l’âge. Parmi elles, les polyphénols, des molécules du règne végétal aux puissantes vertus antioxydantes. Ces nutriments ne sont pas définis aujourd’hui comme étant essentiels et pourtant, une étude récente montre qu’ils ralentissent le déclin cognitif. Véronique Pallet et ses collègues ont mis en évidence les effets de ces nutriments sur l’hippocampe, une structure cérébrale, appelée ainsi de par sa forme de cheval de mer, impliquée dans les processus de mémoire. En vrai chef d’orchestre, ce petit organe situé dans le lobe temporal est la porte d’entrée de toute information puisqu’il fait le lien vers le néocortex, la région du cortex cérébral la plus récente dans l’histoire de l’évolution, siège de stockage de la mémoire à long terme. Des expériences de désactivation de l’hippocampe ont montré une perte totale de la mémoire immédiate, et de ce fait un arrêt total de l’assimilation de nouvelles informations. Cette même structure est très impactée par le vieillissement, puisque son volume diminue avec l’âge. Cette atrophie hippocampique est même l’un des marqueurs de la maladie d’Alzheimer.

« La diminution de volume est due à un appauvrissement du réseau de neurones et à la mort cellulaire dans l’hippocampe. Certains nutriments apportés par notre alimentation, ont un rôle “signal” qui peut contrecarrer ces processus ou les ralentir. »

Véronique Pallet

C’est dans une publication parue dans le journal de gérontologie en juin 2019, que Véronique Pallet et son équipe nous ont fait part de l’importance des polyphénols apportés par l’alimentation, dans la lutte contre le déclin cognitif. En effet, les polyphénols agissent en véritables signaux activant des voies cellulaires qui sont généralement peu activées et qui permettent le maintien de la bonne santé des neurones de l’hippocampe.

Sur une assiette sont disposés une grenade, un kaki, des clémentines, du raison, des framboises et de la papaye.
© Véronique PALLET
Une vision de la recherche confinée de Véronique Pallet,
Un assortiment de fruits et légumes particulièrement riches en polyphénols

Véronique Pallet, et ses collègues internationaux·ales, ont fondé en 2013, un projet de recherche à envergure internationale nommé Neurophenol, projet porté par Nutrineuro et l’INAF à Québec, qui vise à mettre au point des actifs nutritionnels alimentaires riches en polyphénols synergiques, pour leur rôle bénéfique sur le déclin cognitif chez l’Homme et les animaux de compagnie. I·elles ont travaillé sur des compléments alimentaires riches en polyphénols, extraits de raisins français et de bleuets sauvages canadiens et ont montré leur efficacité. Ces bienfaits ne s’arrêtent d’ailleurs pas aux seniors puisqu’une étude pilote, réalisée sur des étudiant·es, a mis en évidence une amélioration de paramètres tels que la concentration, la mémoire, et l’apprentissage.

En plus des polyphénols, d’autres molécules sont à l’étude, comme la vitamine A, qui a aussi des effets bénéfiques sur le ralentissement du vieillissement cognitif. Toutes ces recherches annoncent un bel avenir pour l’espèce humaine.

Justine RENNO

« Je n’aurais pas été là si…

… je n’avais pas choisi de faire ce DEA et rencontré ces professionnels passionnants et passionnés. »

[1] MESRI : ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation.

[2] ENSCBP : école nationale supérieure de chimie, de biologie et de physique. Ecole d’ingénieur·es française accréditée à délivrer un diplôme d’ingénieur·e.

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