Benoît : l’albinisme, une maladie mal connue

L’albinisme : une maladie mal connue

Le Professeur Benoît Arveiler est responsable du laboratoire de génétique moléculaire du CHU de Bordeaux. Ses recherches tournent autour de l’albinisme, une maladie génétique entraînant, entre autres choses, une diminution de la coloration habituelle de la peau, l’hypopigmentation, chez les personnes atteintes.

© Benoît ARVEILER
Portrait de Benoît Arveiler

Lorsque Benoît Arveiler passe son bac en 1979, un nouveau domaine apparaît dans le monde scientifique : le génie génétique. Savoir manipuler l’ADN pour en « cloner de petits morceaux dans des bactéries, et commencer à faire des parties de séquences » c’est ce qui a attiré l’attention de Benoît Arveiler. Rapidement, il a su qu’il travaillerait dans la recherche. Il commence ses études en s’orientant en pharmacie qui est un domaine « à mi-chemin entre la fac de science et la fac de médecine, l’un n’étant pas assez médical et l’autre étant trop médical » nous explique le chercheur. Suite à cela il obtient un diplôme d’études approfondies en biologie cellulaire et moléculaire et poursuit avec une thèse en génétique humaine. Benoît Arveiler termine ses études avec un post-doctorat de quatre ans en Écosse dans le domaine de la cartographie du génome humain. C’est en 1992 qu’il fait son arrivée à Bordeaux lorsqu’il prend le poste d’assistant hospitalier universitaire pendant deux ans. Il devient, ensuite, maître de conférences des universités – praticien hospitalier, passant « la moitié du temps à l’université pour la recherche et l’enseignement, et l’autre moitié à l’hôpital en tant que responsable du laboratoire de diagnostic des maladies génétiques ». En 1998, Benoît Arveiler devient Professeur des universités – praticien hospitalier, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

L’albinisme, une maladie rare

L’albinisme est une maladie génétique rare qui est « mal connue du grand public ». Il est couramment pensé que les personnes atteintes de cette maladie ne pigmentent pas, qu’i·elles ont la peau blanche et prennent des coups de soleil. En réalité, l’hypopigmentation de la peau n’est pas constante : « Certains malades sont châtains, ils ont une pigmentation presque normale. » En revanche les problèmes visuels résultant de l’hypopigmentation de la rétine sont constants et handicapants, « mais attention les malades n’ont pas les yeux rouges » rappelle Benoît Arveiler.

« L’albinisme est la deuxième cause de malvoyance d’origine génétique. » Actuellement les chercheur·es connaissent près de 600 gènes impliqués dans la pigmentation et parmi ces quelques 600 gènes, 20 d’entre eux provoquent un albinisme à la suite d’une mutation. Or, lorsque ces 20 gènes sont analysés, le résultat permet de donner un diagnostic à seulement 70% des patient·es. Cela signifie que les 30% restants sont toujours en attente. « Ce qui motive en premier nos recherches c’est cela, c’est essayer d’établir le diagnostic pour toutes ces personnes » nous confie le chercheur.

« L’albinisme est la deuxième cause de malvoyance d’origine génétique. »

Benoît Arveiler

À la recherche d’explications

Aujourd’hui les recherches de Benoît Arveiler s’axent autour de plusieurs questions. Dans un premier temps, elles se dirigent vers l’étude de l’implication de l’hypopigmentation de la rétine sur les problèmes de vision des malades : « Il y a sûrement un problème développemental mais qu’on ne comprend pas. » Pour étudier cela, les scientifiques comptent utiliser des cellules de peau « déprogrammées » afin qu’elles puissent retrouver la capacité de se « retransformer » en cellule de rétine. Une mutation est intégrée dans ces dernières, causant alors une hypopigmentation. Cette technique est assez développée pour obtenir des organoïdes (sorte de « petit organe »), qui sont de « véritable mini-rétine ». Cela permettra d’analyser « au fur et à mesure quel est l’effet de l’hypopigmentation sur le développement de l’organoïde » nous explique Benoît Arveiler.

Trouver un diagnostic

Récemment, deux nouveaux gènes impliqués dans la maladie ont été révélés. Cependant cette découverte n’explique la maladie que chez quatre patient·es sur les 500 en attente au CHU de Bordeaux. Une des hypothèses des chercheur·es est la présence de « variants pathogènes » dans les régions régulatrices des gènes. Malheureusement, ces régions « on ne les connaît pas bien et elles peuvent être très loin du gène donc on ne les analyse pas jusqu’à présent » indique le chercheur. Aujourd’hui, l’objectif est donc d’identifier ces régions régulatrices afin de trouver des variants pathogènes présents à l’intérieur. Les résultats espérés permettront d’augmenter le nombre de diagnostics.

Une deuxième hypothèse est la remise en question de la forme monogénique et récessive de la maladie. Cela signifie « qu’un seul gène est touché chez chaque patient » et que les deux copies du gène doivent être mutées pour qu’un·e individu·e soit malade. En effet, les scientifiques se demandent si certaines formes de l’albinisme ne seraient pas dominantes ou oligo-géniques, c’est-à-dire que plusieurs gènes différents soient touchés mais : « Ceci est très difficile à démontrer. » Pour mener à bien ces recherches, les scientifiques utilisent la technique de séquençage d’ADN, permettant de lire l’ADN et donc d’interpréter les informations qu’il contient. C’est ainsi qu’i·elles espèrent repérer les fameuses séquences de régulation et les potentiels variants pathogènes.

Test des variations

Lorsque l’équipe de recherche a identifié un nouveau variant chez une personne, i·elles réalisent un test fonctionnel. Pour cela des mélanocytes, des cellules dans lesquelles la mélanine, un pigment, est fabriquée, sont modifiés. Ce test fonctionnel consiste à invalider un des 20 gènes de l’albinisme dans les mélanocytes en question. « On obtient alors une lignée qui ne fabrique plus de mélanine. » Ensuite, ce même gène comportant le variant étudié est réintroduit dans les cellules. « On regarde si la mélanine réapparaît. Si c’est le cas alors le variant n’est pas pathogène. Au contraire s’il n’y pas ou peu de mélanine cela signifie que le variant annule complètement la production de la molécule ou a un effet hypo-fonctionnel. »

Un lien direct avec les patient·es

L’équipe de Benoît Arveiler travaille avec l’association française Genespoir des albinismes. Cette association a pour objectif d’informer les familles, les milieux médicaux et le public des conséquences de la maladie. Elle permet également de financer des projets de recherches. Ainsi, depuis une quinzaine d’années, l’association soutient le laboratoire dans lequel Benoît Arveiler effectue ses recherches, le seul en France qui réalise le diagnostic moléculaire de l’albinisme. « Ce lien fort avec Genespoir est important puisqu’elle insiste auprès des personnes porteuses de la maladie pour effectuer un diagnostic. » Le chercheur nous confie : « Il est important de sensibiliser les patients au fait qu’être diagnostiqué est nécessaire. Beaucoup de malades pensent que connaître le type d’albinisme dont ils souffrent ne va pas changer leur prise en charge. Or, 12 des gènes connus entraînent une forme syndromique de la maladie. Cela signifie que ces patients ont des symptômes qui peuvent être graves : anomalie de coagulation, anomalie gastro – entérologique ou fibrose pulmonaire. » Un diagnostic dès le plus jeune âge permet alors une bonne prise en charge avant que de potentielles complications n’interviennent.

« Ce lien fort avec Genespoir est important puisqu’elle insiste auprès des personnes porteuses de la maladie pour effectuer un diagnostic. »

Benoît Arvelier

Pour une diffusion des connaissances

Depuis le début de ses recherches, Benoît Arveiler étudie les maladies génétiques. En effet, il est motivé par l’envie de pouvoir « proposer un diagnostic aux patients et de faire avancer les recherches sur la pathologie qui, un jour on l’espère, permettront d’apporter des thérapies pour ces personnes ». En plus de cela, le chercheur souhaite participer à l’augmentation de la diffusion des connaissances. « Elle est importante et on a un rôle à jouer là-dedans. L’albinisme est assez mal connu par le public mais aussi dans le milieu médical ce qui peut induire une mauvaise prise en compte de la maladie. » D’un point de vue sociétal, « puisqu’il s’agit d’une pathologie voyante, les enfants souffrent à cause de leurs camarades. Il faut aussi sensibiliser le corps enseignant, notamment par rapport aux problèmes de vue. L’élève doit pouvoir avoir accès à des ordinateurs, être placé·e au premier rang, etc. Cette sensibilisation a un rôle essentiel porté par le corps médical. De même avec les journaux scientifiques, les congrès, les échanges avec les collègues tout cela est important » conclut le chercheur.

Lina GREFFET

« Je n’aurais pas été là si…

… je n’avais pas lu des articles de sciences qui avaient éveillé ma curiosité au lycée. »

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