Podcast : Régionalisme du langage, comment varie une langue selon les régions ?

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Régionalisme du langage, comment varie une langue selon les régions ?

Image de la France, intégralement colorée en bleu avec plusieurs bouches représentant les différentes langues régionales employées en France.
© Gregroose sur Pixabay
Visuel : Régionalisme du langage, comment varie une langue selon les régions ?

Parlons-nous tous et toutes la même langue en France ? Je veux dire : parlons-nous tous et toutes le même français ? Pour répondre à cette question il faudrait définir ce qu’est le français mais ce n’est pas si évident que cela. La langue évolue dans le temps et l’espace. Le français n’est plus le même qu’il y a un siècle ou deux, et nous allons voir qu’il n’est pas le même partout.

[Musique jingle]

Le français n’est pas le même partout, et pour tous ceux et toutes celles qui ont entendu quelqu’un parler en français québécois, cette affirmation n’a rien d’extraordinaire. Mais même plus près de nous, dans les pays voisins comme la Belgique et la Suisse, le français n’est pas tout à fait le même. Chez elleux on ne dit pas soixante-dix, quatre-vingt ou quatre-vingt-dix mais septante, octante ou huitante et nonante.

Au sein de notre pays on se dit que l’on parle tous et toutes la même langue. Eh bien c’est plus compliqué que cela. Aujourd’hui nous parlons à peu près tous et toutes le même français, mais nous savons qu’il existe différents mots ou expressions pour désigner une seule et même chose en fonction des régions. La fameuse guerre entre « pain au chocolat » et « chocolatine » en est un exemple, mais on trouve également « couque au chocolat » dans l’est. Autre débat, les termes « crayon de bois », « crayon à papier » ou « crayon gris » ? Chaque région possède ses propres expressions et particularités linguistiques.

Des frontières linguistiques

Comme les nombreux accents que l’on trouve en France. Ainsi ici à Bordeaux on prononcera « la cote » au lieu de « la côte ». Dans certaines régions de France comme la Normandie, on a tendance à confondre les sons « é » et « è ». Il existe de nombreux autres exemples. Ce genre de nuances dans la prononciation est fréquent. On peut ainsi définir ce que les linguistes appellent un isoglosse. Un isoglosse est une délimitation qui sépare deux régions d’une langue, et de chaque côté de cette délimitation on prononce une langue d’une certaine manière.

Par exemple, il est possible de tracer une délimitation en France qui sépare les régions où l’on dit « clanche » des régions où l’on dit « poignée de porte ». Un isoglosse c’est ça, mais on peut le définir pour bien d’autres choses qu’une expression, comme des différences de prononciation ou des différences grammaticales. Ainsi on peut de proche en proche délimiter un ensemble de parlers proches les uns des autres et qui forment un ensemble appelé continuum dialectal. Plus deux parlers sont proches géographiquement plus ils sont généralement proches linguistiquement, et inversement. Vous comprenez donc généralement mieux une personne du village voisin que quelqu’un qui vit à 100 km de chez vous.

Langue, dialecte ou patois ?

Mais aujourd’hui ces différences ont été effacées par l’introduction d’un standard de la langue, souvent basé sur le parler de la capitale, comme c’est le cas en France. Cependant certains ou certaines d’entre vous ont peut-être des grands-parents ou des parents qui parlent ce qu’on appelle le patois. Peut-être le parlez-vous vous-même. Mais qu’est-ce que le patois ? Les linguistes définissent le patois comme un dialecte parlé par un groupe très restreint de personnes, et un dialecte comme une langue parlée par un groupe un peu moins restreint de personnes.

Mais dans un dictionnaire nous pouvons trouver cette définition : « Système linguistique essentiellement oral, utilisé sur une aire réduite et dans une communauté déterminée, généralement rurale, et perçu par ses utilisateurs comme inférieur à la langue officielle. » En voilà une belle définition… Le patois serait donc une variante de la langue utilisée surtout à la campagne et à l’oral, inférieure à la langue officielle, considérée comme plus correcte voire noble.

Mais une forme d’une langue n’est pas plus noble ou correcte qu’une autre. Nous allons maintenant utiliser le terme de dialecte, moins connoté, plutôt que celui de patois. Comme dit précédemment, le français standard est basé sur le dialecte qui était parlé à Paris, que l’on appelle le francien. Il existe de nombreux dialectes du français : le provençal, le gascon, le normand ou le picard par exemple.

Ésope pour illustrer

Illustrons cette différence avec une fable d’Ésope. Tout d’abord en français standard : « La bise et le soleil se disputaient, chacun assurant qu’il était le plus fort, quand ils ont vu un voyageur qui s’avançait, enveloppé dans son manteau. Ils sont tombés d’accord que celui qui arriverait le premier à faire ôter son manteau au voyageur serait regardé comme le plus fort. Alors, la bise s’est mise à souffler de toute sa force mais plus elle soufflait, plus le voyageur serrait son manteau autour de lui et à la fin, la bise a renoncé à le lui faire ôter. Alors le soleil a commencé à briller et au bout d’un moment, le voyageur, réchauffé, a ôté son manteau. Ainsi, la bise a dû reconnaître que le soleil était le plus fort des deux. »

Maintenant la même fable mais en gallo, le dialecte français de la Bretagne : « Le vent fret e le soulai s’entr-batint, chaqhun crayant q’i tet le pus fort. Cant il ont vû un vayaijou qi s’avancet, pouillë d’un paltaod, i se sont minz d’assent pour qe le sien qi ariveret le permier a fére tirer son paltaod ao vayaijou seret le pus fort. Aloure le vent fret bufit a toute force més pus q’i bufet, pus qe le vayaijou se mucet dan son paltaod A la fin, le vent fret renoncit. Aloure le soulai comencit a raire e ao bout d’un moment, d’un moment de temp, le vayaijou, rachalë, a tirë son paltaod. C’ét de méme qe le vent fret a dû erconétr qe le soulai tet le pus fort des deûz. »

Même si la grande majorité d’entre vous ne parle pas gallo, vous avez quand même dû reconnaître quelques mots, qui ressemblaient plus ou moins à ceux que l’on connaît en français. Vous auriez sans doute moins bien compris cette fable en provençal, qui reste un dialecte du français, mais plus éloigné du français standard, et ainsi de suite. Si vous ne deviez retenir qu’une chose, c’est que les langues ne sont pas des objets gravés dans le marbre, ce sont des objets variables qui évoluent en temps réel par l’utilisation qu’en font leurs locuteurs et locutrices.

Gwendal SURZUR

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